L’Antre du Jacquart

Entretien avec Michel Durand

Une boite de nuit

 

Pourquoi ce nom : l'Antre du Jacquart ?

On ne savait pas comment l'appeler. On a réfléchi et on l'a appelé l'Antre. En fait, c'était mon idée. Personne n'était d'accord mais moi, ça me plaisait. Ça faisait grotte, ça donnait un air mystérieux, un côté Dalien...

 

Comment se sont passés les débuts festifs ?

Cela a prit tout de suite, les gens avaient la bougeotte, ils aimaient la fête et venaient de partout. L'époque était folle avec l'esprit insouciant des Saintes-Maries-de-la-Mer qui a toujours été ma philosophie.. 

 

 

Un musée vivant

 

A partir de quand tu as fait de l'Antre ta caverne artistique ?

Tout de suite. Ça allait ensemble. La fête, mes sculptures. Toujours ce côté mélange. L'un répond à l'autre. J'ai d'abord décidé d'accrocher des objets bruts au plafond. Ça a commencé par une machine à laver. Puis un scooter et un jet-ski, un cadeau d'un gars qui avait gagné un championnat d'Europe.

C'est quoi pour toi l'œuvre majeure de cette Antre ?

L'œuvre la plus importante, c'est l'aéroplane.

On m'a proposé 40 fois de l'acheter. Mais pour l'acheter, faut acheter l'Antre ! Il ne peut pas en partir. Il est composé de pleins de trucs : un rideau de planches décoratives, un tube en inox acheté chez un ferrailleur et qui servait pour la recherche pétrolifère, un cosmonaute en moto offert par un client. Et puis dans l'engin il y a ces têtes de taureaux et des crânes de vaches camarguaises. Assembler tout ça, ça m'a pris trois mois.

 

Toi, Michel, tu te présentes comme Durand le dalien. Pourquoi ?

J'ai toujours été attiré par les tableaux de Dali, sa démesure son côté fou et délirant. Il était loin d'être con en fait. Je crois que j'ai la même folie, même si je ne fais pas la même chose que lui, bien sûr. Quand je dis que je suis dalien, c'est un état d'esprit.

 

Le plafond est garni de sculptures, de messages, de dessins ou d'engins lourds, comme cette voiture ou ce solex... et puis il y a un nombre de lumières incroyables...

La voiture, elle vient de Cuba, et elle a une plaque de Bentley ... Pour les lumières, c'est vrai que des fois même moi je m'y perds ! J'ai mis en place tous ces spots. Il faut voir ça la nuit. On peut créer plein d'ambiances.

 

On passe dans ce jardin, avec une œuvre qui te tient particulièrement à cœur : ce bateau en ferraille.. Presque le bateau ivre de Rimbaud !

Le bateau c'est une de mes premières œuvres avec le peintre Michel Gilles. J'étais un peu morose, un peu déprimé quand je l'ai fait. Pas que la déprime ce soit mon truc mais je pensais au passé. J'ai soudé quelques morceaux de fer, et ça a fait ce voilier, tu vois. J'en ai parlé à mon ami Michel, qui a toujours pensé que j'avais du talent. Je lui ai dit : « Depuis le temps que tu me bassines, viens donc voir ce que j'ai fait pour y mettre trois coups de pinceaux ». Il est venu. Il a peint le voilier. C'est le début de notre collaboration.

 

Michel Gilles, grand peintre et voyageur nîmois, un épicurien, comme toi, et qui a exposé dans le monde entier... Il a vraiment marqué la construction de l'Antre, non ?

Absolument. C'était un très grand ami. Je l'ai connu à la fin des années 60. Lui était nîmois. On ne s'est plus perdu de vue. Il n'avait pas besoin de faire des plans, des esquisses. On a commencé ensemble par faire des têtes de taureaux. Il a pris peu à peu l'habitude de venir ici alors qu'il était déjà très reconnu. Il arrivait comme ça à l'Antre, dans l'après-midi. Je sculptais, on buvait du champagne, il peignait. On a construit comme ça plusieurs œuvres. Vers la fin de sa vie il habitait même chez moi. Les peintures sur les portes des toilettes, c'est lui. Les animaux accrochés aux murs, je les ai façonnés et il les a coloriés. On était très complices.

 

Tu parlais de ces têtes de taureaux faites avec Michel Gilles. Vous avez aussi réalisé le très beau rond-point du taureau ensemble, à Bellegarde en 2004 sur une commande de la ville. Et chez toi, dans l'antre, il y a plein d'évocations tauromachiques... Tu es aficionado ?

Je l'étais plus avant. J'étais fan de corrida très jeune. J'ai connu l'époque héroïque du Cordobes. J'aimais ce torero parce qu'il avait un côté très brouillon et en même temps très communicatif, très en phase avec le public. Dans la région, beaucoup d'artistes sont marqués par les corridas et en font toute leur œuvre. Moi, j'ai fait uniquement ces têtes de toros avec Michel Gilles. Lui tordait les fers et moi je les soudais au fur et à mesure. On s'accordait vraiment bien dans la densité et dans la forme. C'est aussi comme ça qu'on a fait le taureau du rond-point de Bellegarde, la réalisation morphologique c'était par Michel Gilles, toujours comme ça, sans dessin, et c'était moi qui assemblais et soudais.

 

Passons donc au côté piscine. Un espace de verdure, et de démesure...

Robert Salençon, peintre en lettres nîmois a fait la décoration. Dans ce jardin, il y a des trucs partout. Regarde cette sculpture autour du 4x4, là-bas, près de la piscine, avec les fleurs et les têtes, ou ça là, du n'importe quoi scellé dans le sol ! Et tiens regarde cette voiture, là-bas, « césarisée ». La voiture, c'est un souvenir. C'est une P60 césarisée ou plutôt « michelisée » et peinte par Michel Gilles. Un ami carrossier l'a faite passer à la presse et on en a fait ça.

 

L'Antre du Jacquart

Atelier d'Art

L'antre atelier d'art

Route de Saint-Gilles
30127 Bellegarde
France

collection@michel-durand.com

Textes originaux de René Bouvier, critique d'art

Photographies Vanessa Abraham (Van Photo), René Bouvier

Traductions Sara Scano

Webdesign Thomas Serment